Achour Benabdelmoumene et Kahina Daoud



             Ancien athlète de haut niveau, directeur technique du Blanc-Mesnil Sport Judo 93 (plus de 800 adhérents), responsable des équipement sportifs de la ville du Blanc-Mesnil, Achour Benabdelmoumene faisait partie des 93 personnalités qui avaient répondu présentes à l’Appel des 93 lancé par Hervé Bramy en avril 2005. Aujourd’hui, c’est avec sa casquette d’entraîneur de la jeune Kahina Daoud qu’il accepte, en sa compagnie, d’être le nouvel invité du site... Kahina, qui vient de rejoindre l’Appel, est championne de France junior (catégorie 52 kilos), médaillée de bronze du championnat de France sénior et s’est hissée, en février dernier, à la cinquième place du Tournoi international de Bercy qui regroupait les meilleurs judokas du monde... Lors de l’interview, elle s’efface volontiers derrière son entraîneur mais elle révèle tout son talent sur le tatami et sa grande détermination fait d’elle l’un des meilleurs espoirs du judo tricolore... (Interview réalisée en juin 2006)


La très discrète Kahina Daoud travaille dur pour se hisser au plus haut niveau du judo français et international

Achour, depuis combien de temps vivez-vous dans le 93 ?
Je suis arrivé en 1981 et j’y ai toujours vécu : je suis arrivé d’Algérie à l’âge de 7 ans, j’ai habité Villetaneuse puis à Blanc-Mesnil.

Et vous Kahina ?
Moi, j’ai 18 ans : je suis arrivée d’Algérie à l’âge de 4 ans et demi, et j’habite à Sevran.

Quels sont vos projets ?
Achour : A très court terme, c’est Kahina, on s’en occupe le maximum... Elle s’est fixée des objectifs très importants ... Pour l’instant on les atteind et on va essayer de l’amener au plus haut niveau : l’avenir nous dira la suite... Elle rentre à l’Insep l’année prochaine, elle fait partie des 5 meilleures françaises et l’objectif du club (Le Blanc-Mesnil Sport Judo), c’est de pouvoir la garder... L’autre projet est de monter une équipe féminine... Souvent les athlètes partent car il n’y a pas la possibilité de monter une équipe féminine alors qu’on a quelques points forts...

Kahina, quelle est la semaine type d’une championne de judo ?
Je m’entraîne presque tous les jours... Je vais à l‘école l’après-midi et dés que je termine les cours, je vais à l’entraînement...
Des loisirs ? Pour l’instant, c’est judo, judo : les loisirs, ce sera pour plus tard...
Et quel avenir professionnel envisagez-vous par la suite ? Devenir entraîneur comme Achour...

Quel regard portez-vous sur votre département et sur son image en particulier ?
Kahina : C’est un département où on regroupe tous les immigrés...
Achour : Je pense que le département a connu plusieurs évolutions et comme le dit Kahina, c’est un département qui accueille une forte immigration... Les gens de l’extérieur pensent : « forte immigration », département à problème, manque d’éducation or de l’intérieur c’est complètement l’opposé qui se dégage. Je pense au contraire que la Seine-Saint-Denis a des atouts dans plusieurs domaines... Je connais bien le sport et le 93 forme d’énormes champions... En terme économique aussi : par exemple grâce au Stade de France, le département a accueilli la Coupe du monde 98 et a connu un essor faramineux avec cet événement, puis avec les championnats du monde d’athlétisme... En terme d’infrastructures avec les autoroutes, l’aéroport de Roissy, la Seine-Saint-Denis a aujourd’hui tout pour continuer d’exister alors il faut arrêter de dire que c’est un endroit où tout va mal... Effectivement, il y a le chômage qui est là mais rien n’est vraiment fait pour que les gens s’en sortent...

Est-ce que vous trouvez qu’il y a une différence entre l’image qu’on peut voir dans les médias ou véhiculée à l’extérieur du 93 et la réalité que vous vivez ?
Achour : Oui, tout à fait... Nous par exemple, quand on arrive dans des stades, on est catalogué 9-3, ou Neuf cube maintenant, donc tout de suite il y a un cliché, c’est comme si on nous repoussait... Effectivement, c’est une image un peu pénible à vivre... En revanche, ces départements-là ne se gênent pas pour venir nous piquer nos points fort !

Avez-vous une idée de ce qu’il faudrait faire pour changer cette image ?
Achour : Pour changer cette image, il faut qu’on se donne les moyens de garder nos athlètes... Même chose pour les entraîneurs : il y a beaucoup d’entraîneurs qui quittent le 93 car ailleurs on leur propose peut-être un peu plus ou mieux... On est reconnu par les entraîneurs des autres départements et même internationaux comme étant un département où il y a une bonne formation de nos jeunes sportifs. Or si on arrivait à réunir tous ces gens qui réalisent de très bonnes performances, si on arrivait à les garder chez nous, on pourrait, je pense, à un moment donné inverser la vapeur... Je pense que c’est comme cela qu’on arriverait à changer cette image négative... Nos athlètes réussissent chez nous, puis ils s’en vont alors que ceux sont eux qui dégagent tous les profits de cette image positive. Exemple , Larbi Benboudaoud est parti à l’ACDB (Club de Boulogne-Billancourt), Annabelle Euranie qui a été formée à Tremblay puis à Blanc-Mesnil s’est retrouvée à Levallois-Perret, Robin Pierre-Alexandre, troisième au championnat du monde issu de Blanc-Mesnil est parti lui aussi... Si on arrive à les garder, automatiquement, ces jeunes véhiculeront des choses positives pour ceux qui arrivent derrière... Actuellement, ils évoluent ailleurs et sont utilisés vers la jeunesse de ces autres départements... Chez nous, on forme, on forme, on forme et puis...

Quelles seraient les solutions pour que ces athlètes ne partent pas ?
Achour : Il faudrait une structure unique sur le département, je parle d’un Dojo (lieu d’entraînement des judokas) départemental ou d’un pôle espoir, travailler avec une fédération, avec une ligue, de façon à vraiment mettre en place un dispositif qui permette à ces athlètes de rester dans le département tout en ayant un suivi scolaire, un suivi professionnel : c’est cette structure qui manque dans le 93...

Concrètement, à part la réputation, avez-vous eu à subir une discrimination parce que vous veniez de Seine-Saint-Denis ?
Achour : Moi, non, parce que j’ai un fort caractère et on ne m’a jamais mis de côté mais c’est vrai qu’il faut se battre... C’est aussi le cas de Kahina... Actuellement, elle est en course pour les championnats du monde junior, elle est en concurrence avec d’autres filles, et pour s’en sortir, elle est obligée d’être championne tout le temps. Dans d’autres départements, ils ont la possibilité de s’occuper de leurs jeunes alors que nous sommes obligés d’envoyer les nôtres à l’Insep (à Vincennes). Les entraîneurs de Seine-Saint-Denis ont aussi un travail pour vivre et c’est seulement le soir qu’ils entraînent dans leur club. Si on arrivait à obtenir cette structure, on pourrait régler pas mal de choses...

Avez-vous remarqué une dégradation sociale ces dernières années ?
Achour : Je pense que les villes changent... L’embellissement des villes, l’environnement changent pas mal. Il y a aussi beaucoup de constructions nouvelles et je pense que ça va faire du bien d’ici quelques années... On va accueillir des populations qui travaillent (car pour acheter un appartement, il faut avoir les moyens) et je pense que cela va changer la donne car cette population va aussi s’investir dans leur nouvelle ville... Actuellement on assiste à une mutation totale du département : sur Blanc-Mesnil, une ville que je connais bien, il y a d’énormes constructions Kaufmann and Broad ou autres et ça ne peut être que positif...


Achour Benabdelmoumene, 34 ans est un ancien judoka, médaillé de bronze par équipe du championnat de France

 

Interview réalisé en février 2006
Source :
L'Appel des 93

Autre article sur Kahina :
>> 
Médaille de bronze pour Kahina Daoud <<

 

© Blanc Mesnil Sport Judo 2010
-------------------------------------------------------
Accueil - Contacts - TVBM 2010 - Tous les résultats - Photos - Vidéos
Les techniques - La boutique - Partenaires - Liens - Coloriages

Vous êtes le ème visiteur depuis le 15/03/08
__________________